
– L'autre étant, je suppose, le professeur Moriarty?
– Pas moins. Quand un membre de cette bande dit «il», on sait de qui il est question. Il n'y a qu'un seul «il» pour eux tous.
– Mais que peut-il faire?
– Hum! c'est une grosse question. Quand on possède l'un des premiers cerveaux de l'Europe et toutes les puissances des ténèbres à sa dévotion, les possibilités sont infinies. En tout cas, l'ami Porlock a une peur bleue. Voulez-vous comparer l'écriture du billet avec celle de l'enveloppe qui a été rédigée, nous dit-il, avant cette visite de mauvais augure? L'adresse a été écrite d'une main ferme. Le billet est presque illisible.
– Pourquoi l'a-t-il écrit? Il n'avait qu'à tout laisser tomber.
– Il a eu peur que son silence subit ne m'incite à me livrer à une petite enquête et qu'elle ne lui attire des ennuis.
– Vous avez raison. Naturellement…
J'avais pris le message chiffré pour l'examiner avec soin.
– … Il est vexant de penser qu'un secret important figure sur ce bout de papier et qu'aucune puissance humaine n'est capable de l'élucider.
Sherlock Holmes repoussa le plateau de son petit déjeuner auquel il n'avait toujours pas touché, et il alluma la pipe puante qui accompagnait d'ordinaire ses plus profondes réflexions.
– Cela m'étonnerait! fit-il en s'adossant dans son fauteuil et en levant les yeux au plafond. Peut-être certains détails ont-ils échappé à votre esprit machiavélique? Considérons le problème sous l'angle de la raison pure. Cet homme se réfère à un livre. Voilà notre point de départ.
– Plutôt vague!
– Voyons en tout cas si nous ne pouvons pas le préciser. Depuis que je me concentre, le problème me paraît moins insoluble. Quelles indications possédons-nous relativement à ce livre?
