
— Vous ne parlez donc pas leur langue ? Je croyais que certains d’entre eux parlaient stark ? (Elle ne fit rien pour cacher son dédain.) Ne pouvez-vous pas expliquer à quoi serviront les échantillons ?
— Tu as raison, répondit-il calmement. Mais si nous expliquions l’utilisation que nous ferions des échantillons de tissus, nous risquerions de leur enseigner le concept de science biologique avec mille ans d’avance sur le moment où ils atteindront naturellement ce point. C’est pourquoi la loi nous interdit d’expliquer ce genre de choses.
Finalement, Novinha fut déconcertée.
— Je ne me rendais pas compte que vous étiez à ce point liés par la doctrine de la non-intervention.
Pipo constata avec satisfaction qu’elle renonçait à son arrogance, mais son humilité était presque pire. Elle avait vécu dans un tel isolement vis-à-vis des contacts humains qu’elle parlait comme un ouvrage scientifique exagérément formel. Pipo se demanda s’il n’était pas déjà trop tard pour lui enseigner à agir en être humain.
Il était encore temps. Lorsqu’elle eut compris qu’ils étaient excellents dans leur domaine et qu’elle en ignorait pratiquement tout, elle renonça à son attitude agressive et passa presque à l’extrême opposé. Pendant plusieurs semaines, elle ne parla que rarement à Pipo et à Libo. Elle étudia leurs rapports, tentant de comprendre la raison d’être de ce qu’ils faisaient. De temps en temps, elle se posait une question et demandait des explications ; ils répondaient poliment et complètement.
La politesse céda progressivement la place à la familiarité. Pipo et Libo s’entretinrent librement en sa présence, émettant des hypothèses sur la raison pour laquelle les piggies avaient élaboré quelques-uns de leurs comportements étranges, sur le sens caché de certaines affirmations bizarres, pourquoi ils restaient si totalement impénétrables. Et, comme l’étude des piggies était une discipline scientifique toute nouvelle, Novinha en sut rapidement assez, même indirectement, pour proposer des hypothèses.
