L’Angleterre était sur nos côtes, l’Espagne sur les Pyrénées, le Piémont et l’Autriche sur les Alpes, la Hollande et la Prusse dans le nord des Pays-Bas, et sur un seul point, du Haut-Rhin à l’Escaut, deux cent cinquante mille combattants marchaient contre la République.


Partout nos généraux étaient repoussés. Maczinski avait été obligé d’abandonner Aix-la-Chapelle et de se retirer sur Liège. Steingel et Neuilly étaient rejetés dans le Limbourg; Miranda, qui assiégeait Maëstricht, s’était replié sur Tongres. Valence et Dampierre, réduits à battre en retraite, s’étaient laissé enlever une partie de leur matériel. Plus de dix mille déserteurs avaient déjà abandonné l’armée et s’étaient répandus dans l’intérieur. Enfin, la Convention, n’ayant plus d’espoir qu’en Dumouriez, lui avait envoyé courrier sur courrier pour lui ordonner de quitter les bords du Biesboos, où il préparait un débarquement en Hollande, afin de venir prendre le commandement de l’armée de la Meuse.


Sensible au cœur comme un corps animé, la France ressentait à Paris, c’est-à-dire à son cœur même, chacun des coups que l’invasion, la révolte ou la trahison lui portaient aux points les plus éloignés. Chaque victoire était une émeute de joie, chaque défaite un soulèvement de terreur. On comprend donc facilement quel tumulte avaient produit les nouvelles des échecs successifs que nous venions d’éprouver.


La veille, 9 mars, il y avait eu à la Convention une séance des plus orageuses: tous les officiers avaient reçu l’ordre de rejoindre leurs régiments à la même heure; et Danton, cet audacieux proposeur des choses impossibles qui s’accomplissaient cependant, Danton, montant à la tribune, s’était écrié:


– Les soldats manquent, dites-vous? Offrons à Paris une occasion de sauver la France, demandons-lui trente mille hommes, envoyons-les à Dumouriez, et non seulement la France est sauvée, mais la Belgique est assurée, mais la Hollande est conquise.»



2 из 429