
Comme on le voit, l’extension était grande. Les girondins comprirent que c’était leur arrêt. Ils se levèrent en masse.
– Plutôt mourir, s’écrient-ils, que de consentir à l’établissement de cette inquisition vénitienne!
En réponse à cette apostrophe, les montagnards demandaient le vote à haute voix.
– Oui, s’écrie Féraud, oui, votons pour faire connaître au monde les hommes qui veulent assassiner l’innocence au nom de la loi.
On vote en effet, et, contre toute apparence, la majorité déclare: 1° qu’il y aura des jurés; 2° que ces jurés seront pris en nombre égal dans les départements; 3° qu’ils seront nommés par la Convention.
Au moment où ces trois propositions furent admises, de grands cris se firent entendre. La Convention était habituée aux visites de la populace. Elle fit demander ce qu’on lui voulait; on lui répondit que c’était une députation des enrôlés volontaires qui avaient dîné à la halle au blé et qui demandaient à défiler devant elle.
Aussitôt les portes furent ouvertes et six cents hommes, armés de sabres, de pistolets et de piques, apparurent à moitié ivres et défilèrent au milieu des applaudissements, en demandant à grands cris la mort des traîtres.
– Oui, leur répondit Collot d’Herbois, oui, mes amis, malgré les intrigues, nous vous sauverons, vous et la liberté!
Et ces mots furent suivis d’un regard jeté aux girondins, regard qui leur fit comprendre qu’ils n’étaient point encore hors de danger.
En effet, la séance de la Convention terminée, les montagnards se répandent dans les autres clubs, courent aux Cordeliers et aux Jacobins, proposent de mettre les traîtres hors la loi et de les égorger cette nuit même.
