Sir Charles, comme chacun le sait, avait gagné beaucoup d’argent dans des spéculations en Afrique du Sud. Plus avisé que ces joueurs qui s’acharnent jusqu’à ce que la roue tourne en leur défaveur, il avait réalisé ses bénéfices et les avait ramenés en Angleterre. Il ne s’était installé dans Baskerville Hall que depuis deux ans, mais il ne faisait nul mystère des grands projets qu’il nourrissait, projets dont sa mort a interrompu l’exécution. Comme il n’avait pas d’enfants, son désir maintes fois exprimé était que toute la région pût de son vivant profiter de sa chance; beaucoup auront des motifs personnels pour pleurer sa fin prématurée. Ses dons généreux à des œuvres de charité ont été fréquemment mentionnés dans ces colonnes.


«On ne saurait dire que l’enquête ait entièrement éclairci les circonstances dans lesquelles Sir Charles a trouvé la mort. Mais on a fait assez, du moins, pour démentir les bruits nés d’une superstition locale. Il n’y a plus de raison d’accuser une malveillance quelconque, ni de supposer que le décès pourrait être dû à des causes non naturelles. Sir Charles était veuf, et un peu excentrique. En dépit de sa fortune considérable il avait des goûts personnels fort simples; pour le servir à Baskerville Hall, il disposait en tout et pour tout d’un ménage du nom de Barrymore, le mari faisant fonction de maître d’hôtel et la femme de bonne. Leur témoignage, que corrobore celui de plusieurs amis, donne à penser que la santé de Sir Charles s’était depuis quelques temps dérangée, et qu’il souffrait en particulier de troubles cardiaques, lesquels se manifestaient par des pâleurs subites, des essoufflements et des crises aiguës de dépression nerveuse. Le docteur James Mortimer, ami et médecin du défunt, a témoigné dans le même sens.


«Les faits sont simples. Sir Charles Baskerville avait l’habitude de se promener chaque soir avant de se coucher dans la célèbre allée des ifs de Baskerville Hall.



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