
– Et le chien?
– Le chien a été dressé à tenir cette canne derrière son maître. Comme la canne est lourde, le chien la serre fortement par le milieu, et les traces de ses dents sont visibles. La mâchoire du chien, telle qu’on peut se la représenter d’après les espaces entre ces marques, est à mon avis trop large pour un dogue. Ce serait donc… oui, c’est bien un épagneul à poils bouclés.»
Tout en parlant, il s’était levé pour arpenter la pièce et s’était arrêté derrière la fenêtre. Sa voix avait exprimé une conviction si forte que je le regardai avec surprise.
«Mon cher ami, comment pouvez-vous parler avec tant d’assurance?
– Pour la bonne raison que je vois le chien devant notre porte et que son propriétaire vient de sonner. Ne vous éloignez pas, Watson, je vous prie! C’est l’un de vos confrères, et votre présence peut m’être utile. À présent voici le moment dramatique du destin. Watson: vous entendez un pas dans l’escalier, et vous ne savez pas s’il monte pour un bien ou pour un mal. Qu’a donc le docteur James Mortimer, homme de science à demander à Sherlock Holmes, spécialiste du crime? Entrez!»
L’aspect de notre visiteur m’étonna d’autant plus que je m’attendais au type classique du médecin de campagne. Or, il était de haute taille et très mince; son nez qui avait la forme d’un bec s’allongeait entre deux yeux gris perçants, rapprochés, clairs, qui brillaient derrière des lunettes cerclées d’or. Il portait des vêtements corrects, mais guère soignés: sa redingote était défraîchie, son pantalon effiloché. En dépit de sa jeunesse, il était voûté; il marchait en penchant en avant un visage bienveillant. Quand il entra, et qu’il aperçut sa canne dans les mains de Holmes, il poussa un cri de joie.
