– Oh! monsieur Morrel, s’écria le jeune marin, saisissant, les larmes aux yeux, les mains de l’armateur; monsieur Morrel, je vous remercie, au nom de mon père et de Mercédès.


– C’est bien, c’est bien, Edmond, il y a un Dieu a ciel pour les braves gens, que diable! Allez voir votre père, allez voir Mercédès, et revenez me trouver après.


– Mais vous ne voulez pas que je vous ramène à terre?


– Non, merci; je reste à régler mes comptes avec Danglars. Avez-vous été content de lui pendant le voyage?


– C’est selon le sens que vous attachez à cette question, monsieur. Si c’est comme bon camarade, non, car je crois qu’il ne m’aime pas depuis le jour où j’ai eu la bêtise, à la suite d’une petite querelle que nous avions eue ensemble, de lui proposer de nous arrêter dix minutes à l’île de Monte-Cristo pour vider cette querelle; proposition que j’avais eu tort de lui faire, et qu’il avait eu, lui, raison de refuser. Si c’est comme comptable que vous me faites cette question je crois qu’il n’y a rien à dire et que vous serez content de la façon dont sa besogne est faite.


– Mais, demanda l’armateur, voyons, Dantès, si vous étiez capitaine du Pharaon, garderiez-vous Danglars avec plaisir?


– Capitaine ou second, monsieur Morrel, répondit dit Dantès, j’aurai toujours les plus grands égards pour ceux qui posséderont la confiance de mes armateurs.


– Allons, allons, Dantès, je vois qu’en tout point vous êtes un brave garçon. Que je ne vous retienne plus: allez, car je vois que vous êtes sur des charbons.


– J’ai donc mon congé? demanda Dantès.


– Allez, vous dis-je.


– Vous permettez que je prenne votre canot?


– Prenez.


– Au revoir, monsieur Morrel, et mille fois merci.


– Au revoir, mon cher Edmond, bonne chance!»



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