
– Et Fernand, dit Caderousse en riant d’un rire pâteux, Fernand en est-il aussi?
– Le frère de ma femme est mon frère, dit Edmond, et nous le verrions avec un profond regret, Mercédès et moi, s’écarter de nous dans un pareil moment.»
Fernand ouvrit la bouche pour répondre; mais la voix expira dans sa gorge, et il ne put articuler un seul mot.
«Aujourd’hui les accords, demain ou après-demain les fiançailles… diable! vous êtes bien pressé, capitaine.
– Danglars, reprit Edmond en souriant, je vous dirai comme Mercédès disait tout à l’heure à Caderousse: ne me donnez pas le titre qui ne me convient pas encore, cela me porterait malheur.
– Pardon, répondit Danglars; je disais donc simplement que vous paraissiez bien pressé; que diable! nous avons le temps: le Pharaon ne se remettra guère en mer avant trois mois.
– On est toujours pressé d’être heureux, monsieur Danglars, car lorsqu’on a souffert longtemps on a grand-peine à croire au bonheur. Mais ce n’est pas l’égoïsme seul qui me fait agir: il faut que j’aille à Paris.
– Ah! vraiment! à Paris: et c’est la première fois que vous y allez, Dantès?
– Oui.
– Vous y avez affaire?
– Pas pour mon compte: une dernière commission de notre pauvre capitaine Leclère à remplir; vous comprenez, Danglars, c’est sacré. D’ailleurs soyez tranquille, je ne prendrai que le temps d’aller et revenir.
– Oui, oui, je comprends», dit tout haut Danglars.
Puis tout bas:
«À Paris, pour remettre à son adresse sans doute la lettre que le grand maréchal lui a donnée. Pardieu! cette lettre me fait pousser une idée, une excellente idée! Ah! Dantès, mon ami, tu n’es pas encore couché au registre du Pharaon sous le numéro 1.»
