
Et Danglars écrivit l’adresse en se jouant.
«Oui, tout serait dit», s’écria Caderousse, qui par un dernier effort d’intelligence avait suivi la lecture, et qui comprenait d’instinct tout ce qu’une pareille dénonciation pourrait entraîner de malheur; «oui, tout serait dit: seulement, ce serait une infamie.»
Et il allongea le bras pour prendre la lettre.
«Aussi, dit Danglars en la poussant hors de la portée de sa main, aussi, ce que je dis et ce que je dis et ce que je fais, c’est en plaisantant; et, le premier, je serais bien fâché qu’il arrivât quelque chose à Dantès, ce bon Dantès! Aussi, tiens…»
Il prit la lettre, la froissa dans ses mains et la jeta dans un coin de la tonnelle.
«À la bonne heure, dit Caderousse, Dantès est mon ami, et je ne veux pas qu’on lui fasse de mal.
– Eh! qui diable y songe à lui faire du mal! ce n’est ni moi ni Fernand! dit Danglars en se levant et en regardant le jeune homme qui était demeuré assis, mais dont l’œil oblique couvait le papier dénonciateur jeté dans un coin.
– En ce cas, reprit Caderousse, qu’on nous donne du vin: je veux boire à la santé d’Edmond et de la belle Mercédès.
– Tu n’as déjà que trop bu, ivrogne, dit Danglars, et si tu continues tu seras obligé de coucher ici, attendu que tu ne pourras plus te tenir sur tes jambes.
– Moi, dit Caderousse en se levant avec la fatuité de l’homme ivre; moi, ne pas pouvoir me tenir sur mes jambes! Je parie que je monte au clocher des Accoules, et sans balancer encore!
– Eh bien, soit, dit Danglars, je parie, mais pour demain: aujourd’hui il est temps de rentrer; donne-moi donc le bras et rentrons.
– Rentrons, dit Caderousse, mais je n’ai pas besoin de ton bras pour cela. Viens-tu, Fernand? rentres-tu avec nous à Marseille?
