Le comte suivit des yeux avec un sentiment de compassion infinie le jeune homme, et ce ne fut que lorsqu’il eut complètement disparu que, reportant ses regards sur le journal, il lut ce qui suit:


«Cet officier français au service d’Ali, pacha de Janina, dont parlait, il y a trois semaines, le journal L’Impartial et qui non seulement livra les châteaux de Janina, mais encore vendit son bienfaiteur aux Turcs, s’appelait en effet à cette époque Fernand, comme l’a dit notre honorable confrère; mais, depuis, il a ajouté à son nom de baptême un titre de noblesse et un nom de terre.


«Il s’appelle aujourd’hui M. le comte de Morcerf, et fait partie de la Chambre des pairs.»


Ainsi donc ce secret terrible, que Beauchamp avait enseveli avec tant de générosité, reparaissait comme un fantôme armé, et un autre journal, cruellement renseigné, avait publié, le surlendemain du départ d’Albert pour la Normandie, les quelques lignes qui avaient failli rendre fou le malheureux jeune homme.

LXXXVI. Le jugement.

À huit heures du matin, Albert tomba chez Beauchamp comme la foudre. Le valet de chambre étant prévenu, il introduisit Morcerf dans la chambre de son maître, qui venait de se mettre au bain.


«Eh bien? lui dit Albert.


– Eh bien, mon pauvre ami, répondit Beauchamp, je vous attendais.


– Me voilà. Je ne vous dirai pas, Beauchamp, que je vous crois trop loyal et trop bon pour avoir parlé de cela à qui que ce soit; non, mon ami. D’ailleurs, le message que vous m’avez envoyé m’est un garant de votre affection. Ainsi ne perdons pas de temps en préambule: vous avez quelque idée de quelle part vient le coup?



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