
J'ai eu la nausée comme si le parfum des lauriers m'enveloppait de nouveau.
Je me suis levé en chancelant. Il m'a pris le bras. J'ai senti la pression de ses longs doigts et il m'a semblé qu'ils s'enfonçaient dans ma peau comme des griffes.
J'ai cherché à me dégager, mais il a resserré son étreinte.
- Je vous soutiens. Je dois vous examiner, vous n'êtes pas dans un état normal.
Dans le couloir éclairé d'une simple veilleuse, je voyais devant nous le dos large de Mme Antonini. Elle gesticulait, faisait tinter des clés. Elle ouvrit la porte de ma chambre. Je me laissai tomber sur le lit.
Il s'était assis à mon chevet, m'avait saisi le poignet.
Les yeux mi-clos, j'essayais de faire venir jusqu'à moi son visage, de l'extraire de cette pénombre où il se trouvait confiné, afin de le reconnaître.
Il portait des lunettes rondes cerclées d'un fil métallique noir. Le front était bosselé, la barre des sourcils continue, épaisse; les cheveux luisants, taillés en brosse, les tempes dégagées. Les os des maxillaires et des pommettes, proéminents, étaient soulignés par un collier de barbe coupé en pointe qui allongeait encore le visage.
Il me parlait les lèvres serrées, chuchotant comme pour une confession.
J'avais la fièvre, expliquait-il, une respiration difficile, une tension élevée.
Je n'avais même pas remarqué qu'il avait dénudé mon bras, l'avait serré dans ce brassard de toile, avait énoncé des chiffres que j'avais déjà oubliés.
Une angine, la fatigue, l'état de choc, conclut-il.
- Il faut vous remettre sur pied, reprendre le dessus.
Il serrait toujours mon poignet. Il allait me faire une piqûre.
J'ai libéré mon bras d'un brusque mouvement.
Je me souvenais de ce que m'avait rapporté l'homme qui avait vu le corps d'Ariane et remarqué les plaies, les traces de piqûres sur ses bras et ses cuisses.
