
Je regarde le plafond comme pour y chercher quelque lumière. Thérèse me rappelle le petit colporteur qui, l’an passé, m’apporta des almanachs pendant que sa femme accouchait.
– Et Coccoz? demandai-je.
Il me fut répondu que je ne le verrais plus. Le pauvre petit homme avait été mis en terre, à mon insu et à l’insu de bien d’autres personnes, peu de temps après l’heureuse délivrance de madame Coccoz. J’appris que sa veuve s’était consolée; je fis comme elle.
– Mais, Thérèse, demandai-je, madame Coccoz ne manque-t-elle de rien dans son grenier?
– Vous seriez une grande dupe, monsieur, me répondit ma gouvernante, si vous preniez souci de cette créature. On lui a donné congé du grenier, dont le toit est réparé. Mais elle y reste malgré le propriétaire, le gérant, le concierge et l’huissier. Je crois qu’elle les a ensorcelés tous. Elle sortira de son grenier, monsieur, quand il lui plaira, mais elle en sortira en carrosse. C’est moi qui vous le dis.
Thérèse réfléchit un moment; puis elle prononça cette sentence:
«Une jolie figure est une malédiction du ciel!»
Bien que sachant à n’en point douter que Thérèse avait été laide et dépourvue de tout agrément dès sa jeune saison, je hochai la tête et lui dis avec une détestable malice:
– Hé! hé! Thérèse, j’ai appris que, vous aussi, vous eûtes en votre temps une jolie figure.
Il ne faut tenter nulle créature au monde, fût-ce la plus sainte.
Thérèse baissa les yeux et répondit:
– Sans être ce qu’on appelle jolie, je ne déplaisais pas. Et si j’avais voulu j’aurais fait comme les autres.
– Qui donc en oserait douter? Mais prenez ma canne et mon chapeau. Je vais lire, pour me récréer, quelques pages du Moréri. Si j’en crois mon flair de vieux renard, nous aurons à dîner une poularde d’un fumet délicat. Donnez vos soins, ma fille, à cette estimable volaille et épargnez le prochain afin qu’il nous épargne, vous et votre vieux maître.
