– Seigneur Dieu! s’il est permis de s’échapper ainsi, nu-tête, comme un fou!


– Je suis fou, Thérèse. Mais qui ne l’est pas? Donne-moi vite mon chapeau.


– Et vos gants, monsieur! et votre parapluie!


J’étais au bas de l’escalier que je l’entendais encore s’écrier et gémir.


10 octobre 1869.


J’attendais la réponse du seigneur Michel-Angelo Polizzi avec une impatience que je contenais mal. Je ne tenais pas en place; je faisais des mouvements brusques; j’ouvrais et je fermais bruyamment mes livres. Il m’arriva un jour de culbuter du coude un tome du Moreri. Hamilcar, qui se léchait, s’arrêta soudain et, la patte par-dessus l’oreille, me regarda d’un œil fâché. Était-ce donc à cette vie tumultueuse qu’il devait s’attendre sous mon toit? N’étions-nous pas tacitement convenus de mener une existence paisible? J’avais rompu le pacte.


– Mon pauvre compagnon, lui répondis-je, je suis en proie à une passion violente, qui m’agite et me mène. Les passions sont ennemies du repos, j’en conviens; mais, sans elles, il n’y aurait ni industries ni arts en ce monde. Chacun sommeillerait nu sur un tas de fumier, et tu ne dormirais pas tout le jour, Hamilcar, sur un coussin de soie, dans la cité des livres.


Je n’exposai pas plus avant à Hamilcar la théorie des passions, parce que ma gouvernante m’apporta une lettre. Elle était timbrée de Naples et disait:


«Illustrissime seigneur,


» Je possède en effet l’incomparable manuscrit de la Légende dorée, qui n’a point échappé à votre lucide attention. Des raisons capitales s’opposent impérieusement et tyranniquement à ce que je m’en dessaisisse pour un seul jour, pour une seule minute. Ce sera pour moi une joie et une gloire de vous le communiquer dans mon humble maison de Girgenti, laquelle sera embellie et illuminée par votre présence. C’est donc dans l’impatiente espérance de votre venue que j’ose me dire, seigneur académicien, votre humble et dévoué serviteur.



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