Il s’enfonça dans la forêt, attendit que son oreille s’habitue au bruissement des insectes, des oiseaux et du vent qui fouettait les branches défeuillées. Il savait que, dans un endroit pareil, il pouvait être observé à son insu. Pendant près d’une heure il ne bougea pas.

Une fois assuré qu’un éventuel observateur, gagné par la fatigue, serait parti sans aucune nouvelle à raconter, il creusa un trou près d’un rocher en forme de Y, où il cacha un lingot. Il monta un peu plus haut, s’attarda une heure comme s’il contemplait la nature, plongé dans une profonde méditation ; il aperçut un autre rocher – celui-ci ressemblait à un aigle – et creusa un second trou où il enfouit les dix autres lingots d’or.

La première personne qu’il aperçut sur le chemin du retour était une jeune femme assise sur la rive d’une des nombreuses rivières intermittentes de la région, formées lors de la fonte des neiges. Elle leva les yeux de son livre, remarqua sa présence, reprit sa lecture. Sa mère certainement lui avait appris à ne jamais adresser la parole à un étranger.

Les étrangers, toutefois, lorsqu’ils arrivent dans une nouvelle ville, ont le droit de tenter de se lier d’amitié avec des inconnus, et il s’approcha donc.

— Bien le bonjour, dit-il. Il fait plutôt chaud pour cette période de l’année.

Elle acquiesça d’un signe de tête.

L’étranger insista.

— J’aimerais que vous veniez découvrir quelque chose.

Bien élevée, elle posa son livre, lui tendit la main et se présenta :

— Je m’appelle Chantal. Le soir, je travaille au bar de l’hôtel où vous êtes logé. J’ai trouvé étrange que vous ne soyez pas descendu dîner, l’hôtel vit non seulement de la location des chambres mais de tout ce que consomment les clients. Vous êtes Carlos, argentin, vous habitez rue de Colombie, tout le monde au village est déjà au courant, parce qu’un homme qui débarque ici en dehors de la saison de la chasse est toujours un objet de curiosité.



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