
– Que diable peut-il bien avoir? murmurai-je. Il a l’air de regarder les numéros des maisons.
– Je crois que c’est ici qu’il vient, dit Holmes en se frottant les mains.
– Ici?
– Oui, j’ai idée qu’il vient me consulter. Il y a des symptômes sur lesquels on ne se trompe pas. Tenez! Que vous disais-je?
De fait, l’homme, tout en soufflant comme un phoque, se précipita au même moment vers notre porte et se mit à carillonner de telle façon que tous les échos de la maison furent réveillés.
Quelques instants après, il faisait irruption dans la pièce où nous étions, toujours soufflant, toujours gesticulant, mais avec une telle expression de souffrance et de désespoir que nos sourires firent aussitôt place à la stupéfaction et à la pitié. Pendant un bon moment, il demeura incapable d’articuler un seul mot, se balançant de droite et de gauche et s’arrachant les cheveux comme un homme qui a complètement perdu la tête. Puis, se remettant d’un bond sur pied, il se cogna le front contre le mur avec une telle force que nous nous élançâmes vers lui pour le retenir et le ramener vers le centre de la pièce.
Sherlock Holmes le poussa dans un fauteuil et, s’asseyant à côté de lui, se mit à lui tapoter les mains et à lui parler de ce ton affable et apaisant dont il savait si bien se servir.
– Vous êtes venu me trouver pour me conter votre histoire, n’est-ce pas? lui dit-il. Mais, en ce moment, vous êtes fatigué d’avoir trop couru. Alors, prenez votre temps, reposez-vous un peu; vous m’expliquerez ensuite de quoi il s’agit et, si je puis vous sortir d’embarras, comptez sur moi.
L’homme continua de haleter pendant une ou deux minutes encore, cherchant visiblement à maîtriser la violente émotion à laquelle il était en proie. Puis il s’essuya le front avec son mouchoir, serra les lèvres et se tourna vers nous.
