
«Vous n’ignorez certainement pas que l’une des premières conditions de réussite pour un établissement de crédit est de trouver des placements rémunérateurs pour les fonds dont il dispose et de chercher à augmenter le plus possible ses relations et le nombre de ses déposants. L’un des placements les plus lucratifs réside dans les prêts d’argent contre garanties absolument sûres. Nous avons effectué beaucoup d’opérations de cet ordre au cours de ces dernières années, et nombreuses sont les familles appartenant à l’aristocratie auxquelles nous avons avancé de grosses sommes contre les garanties offertes par leurs galeries de tableaux, leurs bibliothèques ou leur orfèvrerie.
«Hier matin, alors que j’étais dans mon bureau à la banque, un de nos employés me remit une carte de visite. Je bondis en lisant le nom, car c’était celui… Mais peut-être vaut-il mieux que je ne vous le répète pas, même à vous, et je me contenterai de vous dire que c’était un nom universellement connu, un des noms les plus illustres d’Angleterre. J’en fus tellement interloqué que, lorsque mon visiteur se présenta, je trouvai à peine les mots qu’il fallait pour lui exprimer à quel point j’étais flatté d’un tel honneur; mais il m’interrompit tout de suite pour m’exposer immédiatement le but de sa démarche avec l’empressement que l’on met à se débarrasser d’une tâche désagréable.
«- Monsieur Holder, commença-t-il, j’ai entendu dire que vous consentiez des avances d’argent.
«- Notre maison les consent lorsque les garanties sont bonnes, répondis-je.
– J’ai besoin de cinquante mille livres, reprit-il, et il me les faut séance tenante. Naturellement je pourrais m’adresser à n’importe lequel de mes amis, qui me prêterait cette somme dix fois pour une, mais je préfère m’adresser à une banque et traiter l’affaire moi-même. Quand on occupe une situation comme la mienne, il va de soi que l’on ne tient pas à avoir d’obligations envers personne.
