— Pas devant mon frère, veux-tu ? » coupa-t-il avec un regard de biais vers Bran.

Affectant n’avoir rien entendu, Bran détourna les yeux, mais il sentait ceux de Greyjoy peser sur ses épaules. Avec un sourire, naturellement… Ce sourire dont il abusait quelque peu, comme pour vous signifier que le monde était une blague occulte et que lui seul s’était montré assez futé pour la percer à jour. Si Robb semblait admirer le pupille de Père et se plaire en sa compagnie, Bran, lui, ne le portait guère dans son cœur.

Robb se rapprocha. « Tu t’en tires bien, Bran.

— J’ai envie de presser l’allure…

— A ta guise », sourit son aîné en prenant le trot, aussitôt imité par les loups. Bran fit claquer les rênes, Danseuse obéit instantanément, et, sur un cri de Greyjoy, le martèlement des sabots s’accéléra dans son sillage.

Le vent de la course enflait son manteau, le ployait, déployait telle une voile, la neige se précipitait pour lui fustiger le visage, et Robb, déjà loin devant, se retournait à demi, de temps à autre, pour s’assurer que le petit suivait, ainsi que les autres. Un nouveau claquement des rênes, et Danseuse adopta un galop soyeux qui ne tarda guère à réduire l’écart, tout en distançant le reste de l’escorte. A quelque deux milles du bourg d’hiver, Bran rejoignit son frère sur la lisière du Bois-aux-Loups et, tout heureux, lui lança : « Je peux ! » Monter lui semblait presque aussi délicieux que voler.

« Je te proposerais bien une compétition, blagua Robb d’un ton léger, mais tu serais capable de gagner ! »

Bran se garda de relever le défi. Sous le sourire de son frère, il percevait trop nettement une appréhension sourde. « Je n’ai pas envie, dit-il, tout en scrutant les fourrés dans lesquels s’étaient évanouis les loups. As-tu remarqué de quelle manière Eté hurlait, la nuit dernière ?



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