
Le sixième matin, quand elle sort de la maison, nous avons déjà arrosé le jardin. Nous lui prenons des mains les seaux lourds de la nourriture des cochons, nous conduisons les chèvres au bord de la rivière, nous l'aidons à charger la brouette. Quand elle rentre du marché, nous sommes en train de scier du bois
Au repas, Grand-Mère dit:
– Vous avez compris. Le toit et la nourriture, il faut les mériter.
Nous disons:
– Ce n'est pas cela. Le travail est pénible, mais regarder, sans rien faire, quelqu'un qui travaille, c'est encore plus pénible, surtout si c'est quelqu'un de vieux.
Grand-Mère ricane:
– Fils de chienne! Vous voulez dire que vous avez eu pitié de moi?
– Non, Grand-Mère. Nous avons seulement eu honte de nous-mêmes.
L'après-midi, nous allons chercher du bois dans la forêt.
Désormais nous faisons tous les travaux que nous sommes capables de faire.
La forêt et la rivière
La forêt est très grande, la rivière est toute petite. Pour aller dans la forêt, il faut traverser la rivière. Quand il y a peu d'eau, nous pouvons la traverser en sautant d'une pierre à l'autre. Mais parfois, quand il a beaucoup plu, l'eau nous arrive à la taille, et cette eau est froide et boueuse. Nous décidons de construire un pont avec les briques et les planches que nous trouvons autour des maisons détruites par les bombardements.
Notre pont est solide. Nous le montrons à Grand-Mère. Elle l'essaie, elle dit:
– Très bien. Mais n'allez pas trop loin dans la forêt. La frontière est proche, les militaires vont vous tirer dessus. Et surtout, ne vous perdez pas. Je ne viendrais pas vous chercher.
