
Le filet toucha le sol et se plissa comme la longue jupe de Kivrin.
— Soyez prudente, murmura Dunworthy.
Mary prit sa main dans la sienne.
Latimer et Gilchrist regardaient les nombres défiler sur le moniteur. Montoya jeta un coup d’œil à sa montre. Badri se pencha et ouvrit le passage. Sous le filet, l’air miroitait de condensation.
— Non, ne partez pas ! dit Dunworthy.
EXTRAIT DU GRAND LIVRE (000008-000242)
22 décembre 2054, Oxford. Première entrée dans le fichier qui contiendra mes observations sur la vie dans l’Oxfordshire, Angleterre, du 13 au 28 décembre 1320 (calendrier julien).
(Pause)
Monsieur Dunworthy, j’ai décidé d’appeler ceci le Grand Livre par référence au Grand Livre cadastral établi sur l’ordre de Guillaume le Conquérant, un registre destiné à permettre de calculer les impôts dus par ses métayers et qui est pour nous une chronique de la vie médiévale.
Je vous le dédie, car je constate que l’inquiétude vous ronge. Vos peurs sont vaines. Le docteur Ahrens m’a mise en garde contre les effets du décalage temporel et les maladies de cette époque, sans m’épargner les détails les plus macabres. Elle m’a également parlé des viols, si fréquents au Moyen Âge. Comme vous, elle doute de mes capacités. Mais tout se passera bien, monsieur Dunworthy.
J’ai conscience qu’il est sans objet d’essayer de vous rassurer car lorsque vous entendrez ceci je serai revenue saine et sauve à notre époque. Ne me tenez pas rigueur de ces remarques impertinentes. Je sais que vous ne voulez que mon bien et que sans votre aide rien de tout cela n’aurait été possible.
C’est pour cette raison que je vous dédie le Grand Livre, monsieur Dunworthy. Sans vous, je n’attendrais pas en cotte et manteau que Badri et M. Gilchrist terminent leurs calculs et m’envoient dans le passé.
