
Cette affirmation n’est pas tout à fait vraie.
D’une part, les secteurs de la ville habituellement dévolus, disons, à vendre des légumes, ferrer les chevaux, ciseler de délicats petits bibelots de jade, changer de l’argent et fabriquer des tables, dans leur ensemble donc, ces secteurs dormaient. À moins d’insomnies. Ou de levers inopinés au cours de la nuit, comme cela arrive, pour une visite aux toilettes. D’autre part, nombre de citoyens moins respectueux des lois étaient parfaitement éveillés et, par exemple, s’introduisaient par des fenêtres qui ne leur appartenaient pas, tranchaient des gorges, s’agressaient entre eux, écoutaient de la musique tonitruante dans des caves enfumées et en général s’amusaient beaucoup plus. Mais la plupart des animaux étaient endormis, en dehors des rats. Et aussi des chauves-souris, ça va de soi. Pour ce qui est des insectes…
Le fait est qu’une description reste très rarement précise de bout en bout, et durant le patriciat d’Olaf Quimby II une loi fut votée dans une tentative énergique de mettre un terme à cet état de choses et d’introduire une certaine honnêteté dans les comptes rendus. Ainsi, quand une légende prétendait à propos d’un héros glorieux que « tout le monde vantait ses prouesses », tout barde qui tenait à la vie se hâtait d’ajouter : « à l’exception de deux ou trois personnes de son village qui le tenaient pour un menteur et d’un tas d’autres qui n’avaient jamais vraiment entendu parler de lui ». Les métaphores poétiques se limitaient strictement aux énoncés du genre : « son puissant coursier filait comme le vent par une journée relativement calme, disons de force trois », et toute vantardise sur un être aimé doté d’un minois à lancer un millier de navires, telle cette héroïne antique à nom de poire, devait s’accompagner de la preuve que l’objet du désir avait effectivement la contenance d’une bouteille de champagne.
