
On aurait cependant obtenu quelque indice sur ce qui s’était réellement passé dans le fait que Rincevent, dont la vie avait pris un tour intéressant à l’âge de quinze ans, se retrouva soudain non pas au seuil de la mort, en fin de compte, mais pendu la tête en bas dans un pin.
Il redescendit sans peine en dégringolant irrésistiblement de branche en branche pour atterrir sur le crâne dans un tas d’aiguilles de pin, où il resta étendu, hors d’haleine et au regret de ne pas avoir été à la hauteur, au sens figuré du moins.
Il devait exister quelque part, il le savait, une relation parfaitement logique. On est sur le point de trépasser pour avoir dévissé du rebord du monde, et l’instant suivant on pend par les pieds à un arbre.
Comme toujours en pareil cas, le Sortilège refit surface dans son esprit.
Ses précepteurs avaient reconnu en Rincevent un mage aussi naturel que les poissons sont des montagnards-nés. Il se serait de toute manière probablement fait virer de l’Université – il n’arrivait pas à se rappeler les sortilèges et se sentait malade dès qu’il fumait – mais la vraie cause de tous ses ennuis, c’était cette stupide histoire, quand il s’était introduit en douce dans la pièce où l’In-Octavo reposait enchaîné et qu’il l’avait ouvert.
Et ce qui aggravait encore la situation déjà inquiétante, c’est que personne ne comprenait pourquoi les fermoirs s’étaient momentanément ouverts.
Le sortilège n’était pas un locataire exigeant. Il ne bougeait pas, comme un vieux crapaud au fond de sa mare. Mais chaque fois que Rincevent ressentait un grand coup de fatigue ou une grosse frayeur, il essayait de se faire prononcer. Nul ne savait ce qu’il adviendrait si l’un des Huit Grands Sortilèges se lançait tout seul. De l’avis unanime, le meilleur poste pour en observer les effets se trouvait sûrement dans l’univers d’à côté.
