
Quelque chose d’étrange émanait de cette pièce située au fond des caves de l’Université de l’Invisible, premier institut de magie du Disque. En particulier, elle présentait un excédent de dimensions, pas exactement perceptibles mais qui glissaient hors de portée de la vue. Les murs étaient couverts de symboles occultes et la majeure partie du sol disparaissait sous le Sceau de Stase Octuple auquel, dans les cercles de magie, on attribuait le pouvoir d’arrêt d’une demi-brique lancée d’une main sûre.
Pour tout ameublement la pièce renfermait un lutrin de bois sombre, sculpté à la forme d’un oiseau – enfin, pour être franc, à la forme d’un truc à plumes qu’il vaut probablement mieux ne pas examiner de trop près –, et sur ledit lutrin, retenu par une lourde chaîne bardée de cadenas, reposait un livre.
Un gros livre, quoique pas particulièrement impressionnant. D’autres ouvrages, dans les salles de lecture de l’Université, s’ornaient de couvertures serties de pierres et marqueteries précieuses, ou de reliures en peau de dragon. Celui-ci était simplement recouvert de cuir fatigué. Il offrait l’aspect de ces livres qualifiés de « légèrement défraîchis » dans les catalogues des bibliothèques, bien qu’il eût été plus honnête de reconnaître qu’il avait plutôt l’air avachi, voire achevali.
Des fermoirs le fermaient, comme de bien entendu. Ils n’étaient pas décorés, seulement très lourds – comme la chaîne qui servait moins d’attache classique de lutrin que de longe pour prévenir toute escapade.
On aurait dit l’œuvre de quelqu’un qui avait en tête un but bien défini et qui avait passé la majeure partie de sa vie à confectionner des harnais de dressage pour éléphants.
L’air s’épaissit et tourbillonna. Les pages du livre se mirent à se froisser, d’une manière horrible, intentionnelle, et de la lumière bleue filtra d’entre elles. Le silence de la pièce se replia sur lui-même comme un poing qui se serre tout doucement.
