Il y eut un brusque silence. Le seul bruit provenait de derrière la porte, un petit bruit désagréable de métal cédant sous la contrainte.

« Bon, très bien, dit-il. Dans ce cas je vais avoir besoin d’une paire de pinces à épiler en argent, d’à peu près un litre de sang de chat, d’un petit fouet et d’une chaise…»

On prétend que le contraire du bruit, c’est le silence. C’est faux. Le silence n’est que l’absence de bruit. Le silence aurait passé pour un vacarme effroyable auprès de la soudaine implosion feutrée de non-bruit qui frappa les mages avec la force explosive d’une aigrette de pissenlit.

Une épaisse colonne de lumière crachouillante s’éleva du livre, heurta le plafond dans un éclaboussement de flammes et disparut.

Galder gardait les yeux rivés sur le trou, sans se soucier du feu qui lui couvait ici et là dans la barbe. Il pointa un doigt dramatique.

« Aux caves supérieures ! » s’écria-t-il, puis il bondit à l’assaut des marches de pierre. Dans un crépitement de mules et une envolée de chemises de nuit, les autres mages le suivirent et s’affalèrent les uns sur les autres dans leur empressement à passer en dernier.

Ils arrivèrent néanmoins tous à temps pour voir la boule de feu à charge occulte disparaître dans le plafond à l’étage au-dessus.

« Argh », fit le plus jeune mage qui désigna le sol.

La pièce avait fait partie de la bibliothèque jusqu’à ce que la magie l’envahisse et mélange brutalement les particules potentielles de tout ce qu’elle croisait sur sa route. Il était donc raisonnable de penser que les petits tritons cramoisis avaient appartenu au plancher et que la crème à l’ananas avait autrefois été des livres. Et plusieurs mages jurèrent par la suite que le petit orang-outan tristounet assis au milieu ressemblait furieusement au bibliothécaire en chef.

Galder regardait fixement le plafond. « À la cuisine ! » beugla-t-il avant de patauger dans la crème jusqu’à l’escalier suivant.



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