
– Sa mère n'a que celui-là, n'est-il pas vrai? reprit le monsieur.
– Il est vrai, dit la dame en blanc. Mais qu'est-ce qui vous a fait croire cela?
– C'est qu'il a l'air d'un enfant gâté, reprit le monsieur.
Il est indiscret et curieux. En ce moment, il ouvre des yeux comme des portes cochères.» C'était pour le mieux voir. Je ne veux pas me flatter, mais je compris admirablement, après la conversation, que la dame en blanc avait un mari qui était quelque chose dans un pays lointain, que le visiteur apportait une lettre de ce mari, qu'on le remerciait de son obligeance, et qu'on le félicitait d'avoir été nommé premier secrétaire. Tout cela ne me contenta pas et, en m'en allant, je refusai d'embrasser la dame en blanc, pour la punir.
Ce jour-là, au dîner, je demandai à mon père ce que c'était qu'un secrétaire. Mon père ne me répondit point, et ma mère me dit que c'était un petit meuble dans lequel on range des papiers. Conçoit-on cela? On me coucha, et les monstres, avec un œil au milieu de la joue, défilèrent autour de mon lit en faisant plus de grimaces que jamais.
Si vous croyez que je pensai le lendemain au monsieur que j'avais trouvé chez la dame en blanc, vous vous trompez; car je l'avais oublié de tout mon cœur, et il n'eût tenu qu'à lui d'être à jamais effacé de ma mémoire. Mais il eut l'audace de se représenter chez mes deux amies. Je ne sais si ce fut dix jours ou dix ans après sa première visite.
J'incline à croire aujourd'hui que ce fut dix jours. Il était étonnant, ce monsieur, de prendre ainsi ma place. Je l'examinai, cette fois, et ne lui trouvai rien d'agréable. Il avait des cheveux très brillants, des moustaches noires, des favoris noirs, un menton rasé avec une fossette au milieu, la taille fine, de beaux habits, et sur tout cela un air de contentement. Il parlait du cabinet du ministre des Affaires étrangères, des pièces de théâtre, des modes et des livres nouveaux, des soirées et des bals dans lesquels il avait vainement cherché ces dames. Et elles l'écoutaient!
