
Cette pensée lui faisait horreur : le cannibale géant primitif, l’hominien de nouveau en plein essor, dirigeant le monde. Il nous a fallu un million d’années pour lui échapper, se disait Frink, et le voici revenu. Et non pas seulement en qualité d’adversaire… mais de maître.
— … nous pouvons déplorer…, disait la radio. (La radio ! La voix des petits ventres jaunes de Tokyo ! Dieu, se disait Frink ; nous les traitons de singes, ces crevettes civilisées aux jambes arquées qui n’installeront pas plus de chambres à gaz et de fours crématoires qu’ils ne feront fondre leurs femmes dans la cire à cacheter !… et nous avons souvent déploré dans le passé le terrible gaspillage de vies humaines, résultant de ces efforts fanatiques, qui met la plus grande masse des hommes complètement à l’écart de la communauté légale. (Les Japonais étaient, eux, très forts en législation.)… Pour citer les paroles d’un saint de l’Occident familier à tous : Quel profit un homme peut-il attendre de la conquête du monde si, dans cette entreprise, il perd son âme ?
