Une quantité d’automates qui construisaient, qui peinaient. Qui construisaient ? Ils écrasaient tout… Des ogres sortis d’une exposition paléontologique, occupés à tailler une coupe dans le crâne d’un ennemi ; toute la famille s’occupe ingénieusement à vider le contenu – la cervelle toute crue – d’abord pour manger. Ensuite des objets utiles avec les os des jambes humaines. Économique, cette idée non seulement de manger les gens que l’on n’aime pas, mais de les manger dans leur propre crâne. Les premiers techniciens ! Un homme préhistorique en blouse blanche stérile dans le laboratoire de quelque université de Berlin, faisant des expériences sur l’emploi qu’on peut faire du crâne, de la peau, des oreilles, de la graisse des autres gens. Ja, Herr Doktor. Une nouvelle utilisation du gros orteil ; voyez, on peut adapter à la jointure un mécanisme de briquet rapide. Maintenant, si seulement Herr Krupp pouvait le sortir en grandes quantités…

Cette pensée lui faisait horreur : le cannibale géant primitif, l’hominien de nouveau en plein essor, dirigeant le monde. Il nous a fallu un million d’années pour lui échapper, se disait Frink, et le voici revenu. Et non pas seulement en qualité d’adversaire… mais de maître.

— … nous pouvons déplorer…, disait la radio. (La radio ! La voix des petits ventres jaunes de Tokyo ! Dieu, se disait Frink ; nous les traitons de singes, ces crevettes civilisées aux jambes arquées qui n’installeront pas plus de chambres à gaz et de fours crématoires qu’ils ne feront fondre leurs femmes dans la cire à cacheter !… et nous avons souvent déploré dans le passé le terrible gaspillage de vies humaines, résultant de ces efforts fanatiques, qui met la plus grande masse des hommes complètement à l’écart de la communauté légale. (Les Japonais étaient, eux, très forts en législation.)… Pour citer les paroles d’un saint de l’Occident familier à tous : Quel profit un homme peut-il attendre de la conquête du monde si, dans cette entreprise, il perd son âme ?



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