
Essentiel d’éviter les sujets politiques. Il ne connaissait pas les vues de Mr Baynes sur les questions d’actualité. Mais cela pourrait se présenter. Mr Baynes, en sa qualité de Suédois, serait neutre. Il avait choisi la Lufthansa plutôt que SAS. Un sondage prudent… Mr Baynes, on dit que Herr Bormann est très malade. Qu’un nouveau chancelier du Reich va être choisi par le Parti à l’automne. N’est-ce qu’une rumeur ? Il y a tellement peu de communication, hélas, entre le Pacifique et le Reich.
Dans un classeur placé sur son bureau, une coupure du New York Times reproduisait un récent discours de Mr Baynes. Mr Tagomi, maintenant, l’étudiait d’un œil critique, en se penchant par suite d’un défaut de correction de ses verres de contact. Le discours avait trait à la nécessité de procéder à de nouvelles recherches – pour la quatre-vingt-dix-huitième fois – pour découvrir des sources d’eau sur la Lune. Nous pouvons encore résoudre ce dilemme navrant, disait Mr Baynes. Notre voisin le plus proche et jusqu’à présent le plus décevant, sauf dans des buts militaires. Sic ! pensait Mr Tagomi en utilisant un mot latin qui faisait bon effet. Un indice concernant Mr Baynes. Il regarde sans bienveillance ce qui est exclusivement militaire. Il en prit note mentalement.
Il appuya sur le bouton de l’intercom et dit :
— Miss Ephreikian, j’aimerais que vous veniez avec votre magnétophone, s’il vous plaît.
Une moitié de la porte du bureau s’éclipsa et Miss Ephreikian, ce jour-là agréablement parée de fleurs bleues dans les cheveux, fit son apparition.
— Un brin de lilas, fit remarquer Mr Tagomi.
Il fut un temps où il cultivait des fleurs, là-bas, chez lui, à Hokkaido, à titre professionnel. Miss Ephreikian, une grande jeune fille brune arménienne, s’inclina.
— Vous êtes prête, avec votre Zip-Track Speed Master ? demanda Mr Tagomi.
