Le besoin de coller et de cartonner était devenu chez Jacques une manie comme le besoin de pleurer. Il avait constamment devant le feu un tas de petits pots de colle et, dès qu'il pouvait s'échapper du magasin un moment, il collait, reliait, cartonnait. Le reste du temps, il portait des paquets en ville, écrivait sous la dictée, allait aux provisions – le commerce enfin.


Quant à moi, j'avais compris que lorsqu'on est boursier, qu'on porte une blouse, qu'on s'appelle «le petit Chose», il faut travailler deux fois plus que les autres pour être leur égal, et ma foi! le petit Chose se mit à travailler de tout son courage.


Brave petit Chose! Je le vois, en hiver, dans sa chambre sans feu, assis à sa table de travail, les jambes enveloppées d'une couverture. Au-dehors, le givre fouettait les vitres. Dans le magasin, on entendait M. Eyssette qui dictait.


«J'ai reçu votre honorée du 8 courant.» Et la voix pleurarde de Jacques qui reprenait:


«J'ai reçu votre honorée du 8 courant.» De temps en temps, la porte de la chambre s'ouvrait doucement: c'était Mme Eyssette qui entrait.


Elle s'approchait du petit Chose sur la pointe des pieds. Chut!…


«Tu travailles? lui disait-elle tout bas.


– Oui, mère.


– Tu n'as pas froid?


– Oh! non!» Le petit Chose mentait, il avait bien froid, au contraire.


Alors, Mme Eyssette s'asseyait auprès de lui, avec son tricot, et restait là de longues heures, comptant ses mailles à voix basse, avec un gros soupir de temps en temps. Pauvre Mme Eyssette! Elle y pensait toujours à ce cher pays qu'elle n'espérait plus revoir… Hélas! pour notre malheur, pour notre malheur à tous, elle allait le revoir bientôt…

III IL EST MORT! PRIEZ POUR LUI!

C'ÉTAIT UN LUNDI DU MOIS DE JUILLET.



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