— Tu vois bien… ce n’est pas un mouton, c’est un bélier. Il a des cornes…

Je refis donc encore mon dessin: Mais il fut refusé, comme les précédents:

— Celui-là est trop vieux. Je veux un mouton qui vive longtemps.

Alors, faute de patience, comme j’avais hâte de commencer le démontage de mon moteur, je griffonnai ce dessin-ci.

Et je lançai:

— Ca c’est la caisse. le mouton que tu veux est dedans.

Mais je fus bien surpris de voir s’illuminer le visage de mon jeune juge: — C’est tout à fait comme ça que je le voulais! Crois-tu qu’il faille beaucoup d’herbe à ce mouton?

— Pourquoi?

— Parce que chez moi c’est tout petit…

— Ca suffira sûrement. Je t’ai donné un tout petit mouton.

Il pencha la tête vers le dessin:

— Pas si petit que ça… Tiens! Il s’est endormi…

Et c’est ainsi que je fis la connaissance du petit prince.

Chapitre III


Il me fallut longtemps pour comprendre d’où il venait. Le petit prince, qui me posait beaucoup de questions, ne semblait jamais entendre les miennes. Ce sont des mots prononcés par hasard qui, peu à peu, m’ont tout révélé. Ainsi, quand il aperçu pour la première fois mon avion (je ne dessinerai pas mon avion, c’est un dessin beaucoup trop compliqué pour moi) il me demanda:

— Qu’est ce que c’est que cette chose-là?

— Ce n’est pas une chose. Ca vole. C’est un avion. C’est mon avion.



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