
Avant le milieu de l’après-midi, la zone enclose par la palissade fut bondée de chariots, de bétail et de gens chargés de meubles. Maintenant, le tohu-bohu s’était apaisé, et tout le monde attendait Glurk. Il avait le plus beau chariot, un héritage de famille, avec un toit bombé couvert de fourrure. Il fallait quatre poneys pour le tirer ; les huttes étaient conçues pour durer un an ou deux, mais on se transmettait les chariots de génération en génération.
Derrière le chariot, patientait une file de poneys de bât, chargés de la fortune en fourrures des Orkson. Ensuite venaient les chariots de la tribu. Aucun n’était aussi somptueux que celui des Orkson, encore que certains l’égalassent presque. Derrière eux, on apercevait les charrettes à bras, plus pauvres, et les familles qui ne pouvaient s’offrir qu’un seul poney et des parts, par tiers, dans le bétail. Et ceux qui allaient à pied fermaient la marche. Snibril eut l’impression que les gens qui transportaient toutes leurs possessions matérielles d’une seule main paraissaient un peu plus sereins que ceux qui abandonnaient la moitié des leurs derrière eux.
Maintenant, il ne manquait plus que Forficule. Où était-il passé ?
— Il n’est pas là ? trancha Glurk. Bon, il sait que nous partons. Il nous rejoindra. Je ne crois pas qu’il veuille qu’on l’attende.
— Je pars en éclaireur pour le trouver, trancha Snibril à son tour.
Glurk ouvrit la bouche pour donner un conseil à son frère, avant de se raviser.
— Très bien, dis-lui qu’on se dirigera vers Bout Brûlé, en suivant les vieilles pistes. On peut y organiser facilement une défense, si besoin est.
