
Il doit se soumettre aux examens du chirurgien Lassonne.
On sait déjà que le cadet de Louis, le comte de Provence, est,quoiqu’il le dissimule, incapable de remplir ses devoirs d’époux. Louis doitfaire face non seulement à l’ironie et aux sarcasmes des courtisans, mais àMarie-Antoinette qui écrit à Marie-Thérèse : « Il est très bienconstitué, il m’aime et a bonne volonté, mais il est d’une nonchalance et d’uneparesse qui ne le quittent jamais. »
Et pourtant il chasse avec fougue et témérité.
Il y a aussi les critiques du premier des ministres, Choiseul,dont il sent la volonté de l’humilier en même temps que la jalousie. Car Louissera roi. Et Choiseul écrit :
« Le prince est imbécile, il est à craindre que sonimbécillité, le ridicule et le mépris qui en seront la suite, ne produisentnaturellement une décadence de cet Empire, qui enlèverait le trône à lapostérité du roi. »
Louis se sent ainsi observé, jaugé, jugé, critiqué, et cettecolère mêlée d’amertume, ce sentiment d’impuissance, qui le rongent, il ne peutles exprimer qu’en se jetant au terme d’une chevauchée, couteau au poing, surle gibier qu’il a acculé.
Mais cette force et cette rage intérieures sont proscritesdans le monde policé, retors, dissimulé, de la Cour et dans le labyrinthe desintrigues qui constitue la politique de la monarchie.
Alors Louis doit affronter et subir les regards perçants descourtisans, des ambassadeurs, qui font rapport à leurs souverains sur cettemonarchie française, si glorieuse, si puissante, et cependant taraudée par lesfaiblesses de ceux qui l’incarnent, et paralysée par les résistances auxréformes de ses élites privilégiées.
L’ambassadeur d’Espagne écrit ainsi :
« Monsieur le Dauphin n’a pas encore révélé son talentni son caractère. On ne doute pas qu’il soit bon et grand ami de la vertu. Sataille est bien prise et son corps robuste ; il aime extrêmement la chasseet la suit à cheval si dextrement qu’on le suit avec difficulté. On considèremême qu’il s’expose à des chutes dangereuses.
