« Parfait. Tu es une brave fille. C’était ce que j’attendais de toi. Tâche d’avoir d’autres illuminations de ce genre. Tu peux te reposer un peu sur ton coude.

— Vous l’avez tué ? »

Le visage du photographe exprima l’étonnement le plus ingénu.

« Tué ? Moi ? Pour quoi faire ? Et avec quoi, Grand Dieu !

Je n’avais pas d’arme.

— Je ne sais pas, moi. Vous auriez pu l’assommer. »

Martial éclata de rire.

« Alors que j’étais allongé sur le sol, avec ma jambe qui pissait le sang, ayant tout juste la force de tenir mon appareil ?...

et puis, rater un des meilleurs clichés de ma carrière ? Ne dis pas de sottises. Je te répète que je l’ai eu. Je l’ai eu. Tu comprends ? Je l’ai pris une première fois au moment où il descendait un autre para qui touchait le sol. J’ai même eu la chance de les avoir tous les deux sur la même pellicule... Ne bouge plus !... Et je l’ai eu une autre fois alors qu’il venait lui-même de se faire abattre par un troisième larron. Nous ne sommes pas tellement nombreux dans la corporation à avoir réussi des photos de ce genre... Oh ! Celles-là n’ont pas fait le tour du monde, mais on en a parlé. Nous étions quittes, le fellagha et moi... Clic ! C’est fini. Tu as été sage. Tu peux te lever.

Je t’enverrai les épreuves. »

II

MARTIAL GAUR descendit avec peine les quatre étages du meublé où logeait la starlette, pestant contre l’absence d’ascenseur. Sa jambe artificielle ne lui avait jamais paru aussi pesante et son matériel tirait sur son épaule d’une manière inaccoutumée.

« Petite dinde ! »

Il émit à voix basse quelques autres compliments semblables, sans aucune intention péjorative, d’ailleurs, à l’égard de la fille. En fait, c’était à lui-même qu’il en avait, à lui et à cette sorte de spécialité qu’il avait été obligé d’adopter après sa blessure. Photographe de pin-up ! Lui, qui avait été un des plus audacieux chasseurs d’images rares. Le récit fait à cette gamine d’un épisode de sa vie aventureuse tendait à déclencher un train de réflexions mélancoliques.



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