« Ce peuple juif, disait Bernard, a jadis reçu le dépôt de la Loi et des promesses. Il a eu des patriarches pour Pères, et le Christ, le Messie, béni dans les siècles des siècles, en descend selon la chair… Toucher aux Juifs, c’est toucher à la prunelle de l’oeil de Jésus, car ils ont ses os et sa chair… Les Juifs ne sont-ils pas pour nous le témoignage et la mémoire vivante de la Passion de Notre Seigneur ? »

Il me faudrait répéter ces paroles aujourd’hui, en 1322, cent soixante-quinze années plus tard, alors qu’à nouveau on a jeté dans le bûcher des Juifs accusés de vouloir, avec l’aide des lépreux, exterminer les chrétiens.

Comme si le Malin n’avait pas trouvé meilleur moyen de recommencer sans fin le martyre du Christ-Roi qu’en persécutant les Juifs, « les os et la chair » du Messie.

Ni Martin ni Eudes de Thorenc n’ont participé à cette croisade aveugle et pervertie.

Ils étaient à Paris, au pied de la colline Sainte-Geneviève au sommet de laquelle reposent les reliques de la sainte ainsi que les corps de Clotilde et de Clovis.

Il y avait grand remuement de chevaux et de gens d’armes autour du roi Louis VII et de la reine Aliénor.

L’armée était prête au départ pour la Terre sainte et la poussière qu’elle soulevait était si dense qu’elle voilait le soleil.

Le pape Eugène III était présent, en compagnie de Bernard de Clairvaux.

Il a béni l’armée, remis à Louis VII l’oriflamme, la panetière et la cloche du pèlerin.

Et le souverain et son armée se sont ébranlés.

Que Dieu veille sur eux !

4.

C’était l’armée de la deuxième croisade.

Louis VII le Jeune, Martin et Eudes de Thorenc chevauchaient à sa tête.

Quand ils se dressaient sur leurs étriers et se retournaient, ils découvraient ces milliers de chevaliers, ces gens d’armes, ces piétons avançant, la hallebarde sur l’épaule, et, derrière, cette foule de pèlerins misérables cheminant en désordre dans la poussière.



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