
Et, dans tout le royaume de France, à l’image de Paris, on élève des oriflammes de pierres dentelées, abbayes et cathédrales : abbaye du Mont-Saint-Michel, cathédrales de Bourges, de Chartres, de Reims, d’Amiens, d’Albi.
Nombre d’entre elles, commencées sous les règnes de Philippe Auguste, le Conquérant, et de Saint Louis, ne sont achevées que sous le règne de Philippe IV le Bel, l’Énigmatique, l’arrière-petit-fils de Philippe Auguste, qui de 1285 à 1314 crée le Grand Conseil du roi, la Chambre des comptes, le parlement de Paris, réunit pour la première fois en 1302 des états généraux rassemblant les trois états (clergé, noblesse, gens du commun), instaure des impôts, confisque des richesses, pratique le grand remuement des monnaies.
Ici, les traces deviennent des souvenirs de souffrances. Croisade des Albigeois, hommes, femmes, enfants massacrés puisque « Dieu reconnaîtra les siens ». Traque des hérétiques, des Juifs, poussés dans les flammes des bûchers ou dans des fosses remplies de fagots auxquels on a mis le feu.
Allez jusqu’au quartier du Temple, à Paris, imaginez la forteresse qu’avaient élevée là les chevaliers de l’ordre du Temple, ces soldats de la milice du Christ qui avaient combattu les Infidèles aux côtés de Philippe Auguste, puis de Saint Louis.
Philippe le Bel les accuse d’hérésie, les fait emprisonner, torturer, exécuter ; ce procès intenté contre les Chevaliers de l’Ordre du Temple, au cours duquel des innocents, brisés, avouent leurs maléfices, annonce les mises en scène judiciaires de notre xxe siècle, qui fut aussi celui d’autres Inquisitions.
Ainsi les trois grands rois capétiens – Philippe Auguste, le Conquérant (1180-1223), Louis IX, le Saint (1226-1270), Philippe le Bel, l’Énigmatique (1285-1314) – ont-ils façonné notre histoire, et leurs oeuvres rayonnantes ou sombres sont présentes en nous, dans notre regard et notre mémoire.
