Les Belges étaient limités à trois: mon frère André, ma sœur Juliette et moi. Il n'y avait pas d'autres enfants de notre nationalité. En 1975 arrivérent deux exquises petites Flamandes, mais elles étaient désespérément pacifistes: nous ne pûmes rien en tirer.

Au sein de l'armée se constitua dès 1972 un noyau dur de trois pays indéfectibles tant en amitié qu'au combat: les Français, les Belges et les Camerounais. Ces derniers portaient des prénoms ahurissants, avaient de grosses voix et riaient tout le temps: ils étaient adorés. Les Français nous paraissaient pittoresques: ils nous demandaient avec une réelle candeur de parler en belge, ce qui nous faisait rigoler, et ils mentionnaient souvent un inconnu dont le nom – Pompidou – déclenchait mon hilarité.

Les Italiens étaient le meilleur ou le pire: ils comptaient autant de poltrons que de braves. Et encore: l'héroïsme de ces braves obéissait à leurs sautes d'humeur. Les plus téméraires pouvaient se révéler les plus lâches dès le lendemain de leurs exploits. Parmi eux, il y avait une mi-Italienne mi-Egyptienne du nom de Jihan: à douze ans, elle mesurait 1,70 mètre et pesait 65 kilos. Compter ce monstre parmi nos rangs était un atout: à elle seule, elle pouvait faire décamper une patrouille allemande, et c'était un spectacle que de voir ce corps distribuer les coups. Mais sa terrifiante croissance lui avait déréglé le caractère. Les jours où Jihan grandissait, elle était inutilisable et infréquentable.

Les Zaïrois se battaient à merveille: le problème était qu'ils se battaient autant entre eux que contre l'ennemi. Et si nous intervenions dans leurs querelles intestines, ils se battaient contre nous aussi.



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