
Les généraux se doutaient de la véritable nature de ces épidémies mais ils ne désapprouvèrent pas ce stratagème qui, somme toute, leur parut bon pour le moral des troupes et rapporta à l'armée nombre d'enrôlements spontanés: certes, les nouvelles recrues voulaient devenir soldats dans l'espoir d'être blessées. Les chefs ne désespérèrent pas pour autant de faire d'eux de valeureux guerriers.
Il me fallut de l'obstination pour être admise parmi les Alliés. On me trouvait trop petite. Il y avait des enfants de mon âge, voire moins âgés, dans le ghetto, mais ceux-là n'avaient pas encore d'ambition militaire.
Je fis valoir mes mérites: courage, ténacité, loyauté sans bornes et surtout rapidité à cheval.
Cette dernière vertu retint l'attention.
Les généraux débattirent longuement entre eux. Ils finirent par me convoquer. J'arrivai en tremblant. On m'annonça que, pour ma petite taille et ma vitesse, j'étais nommée éclaireur.
– En plus, comme tu es un bébé, l'ennemi ne se méfiera pas.
La mesquinerie de cette allégation ne put entacher le bonheur que me valut la nomination.
Eclaireur: je ne pouvais concevoir plus beau, plus grand, plus digne de moi.
Je pouvais attraper ce mot-là d'un bout à l'autre, dans tous les sens, l'enfourcher comme un mustang, m'y suspendre comme à un trapèze: il était toujours aussi beau.
L'éclaireur était celui dont dépendait la survie de l'armée. Au péril de son existence, il avançait seul en territoire inconnu pour repérer les dangers. Il pouvait, au moindre caprice du hasard, marcher
