
Je lui tendis la montre non sans malice: l’examen, je le savais, allait se révéler impossible, et le caquet de mon compagnon s’en trouverait rabattu. Il soupesa l’objet, scruta attentivement le cadran, ouvrit le boîtier et examina le mouvement d’abord à l’œil nu, puis avec une loupe. J’eus du mal à retenir un sourire devant son visage déconfit lorsqu’il referma la montre et me la rendit.
«Il n’y a que peu d’indices, remarqua-t-il. La montre ayant été récemment nettoyée, je suis privé des traces les plus évocatrices.
– C’est exact! répondis-je. Elle a été nettoyée avant de m’être remise.»
En moi-même, j’accusai mon compagnon de présenter une excuse boiteuse pour couvrir sa défaite. Quels indices pensait-il tirer d’une montre non nettoyée?
«Bien que peu satisfaisante, mon enquête n’a pas été entièrement négative, observa-t-il, en fixant le plafond d’un regard terne et lointain. Si je ne me trompe, cette montre appartenait à votre frère aîné qui l’hérita de votre père.
– Ce sont sans doute les initiales H. W. gravées au dos du boîtier qui vous suggèrent cette explication?
– Parfaitement. Le W. indique votre nom de famille. La montre date de près de cinquante ans; les initiales sont aussi vieilles que la montre qui fut donc fabriquée pour la génération précédente. Les bijoux sont généralement donnés au fils aîné, lequel porte généralement de nom de son père. Or, votre père, si je me souviens bien, est décédé depuis plusieurs années. Il s’ensuit que la montre était entre les mains de votre frère aîné.
– Jusqu’ici, c’est vrai! dis-je. Avez-vous trouvé autre chose?
– C’était un homme négligent et désordonné; oui, fort négligent. Il avait de bons atouts au départ, mais il les gaspilla. Il vécut dans une pauvreté coupée de courtes périodes de prospérité; et il est mort après s’être adonné à la boisson. Voilà tout ce que j’ai pu trouver.»
