Non, c’étaient les pillards contemporains qui avaient pénétré dans le passé en possession des coordonnées précises du trésor. Ils s’étaient dissimulés à proximité, tremblant d’impatience. Aussitôt après le départ des domestiques qui avaient enseveli le pharaon, ils avaient ôté les scellés encore chauds et, chargés des trésors volés, ils avaient regagné leur temps ou opté pour l’époque de leur choix : avec de l’argent l’existence est agréable en tout lieu.

Et rien ne pouvait être entrepris contre ces écumeurs : leurs machines à remonter le temps étaient dotées de propulseurs bien plus puissants que les guimbardes de l’officiel service du temps.

Tous ces incidents étaient afférents aux voyages dans le passé. Pas moins dommageables, cependant, étaient les excursions effectuées dans le futur par les Chronophiliens.

Ainsi, les parterres de la place centrale de la capitale furent brusquement piétinés avant même le vote des crédits leur étant destinés ; l’horloge de l’hôtel de ville commença à retarder avant même de recevoir ses aiguilles, etc. Un journal publia un erratum pour une coquille faite quelques jours plus tard. Il est vrai que cela ne prête pas à conséquences, les journaux étant très peu lus.

Tout ceci incita les autorités à promulguer l’arrêté « De la limitation des voyages dans le temps ». Désormais chaque Chronophilien avait le droit d’accomplir dans sa vie un seul et unique voyage dans le passé ou le futur, au choix, la durée de l’excursion ne devant pas dépasser vingt-quatre heures.

Les chronojets particuliers furent réquisitionnés. Le nombre de voyages dans le temps chuta et le chassé-croisé des causes et des effets cessa. Pour ce qui est des voyages dans le futur, ils furent délaissés après que plusieurs amateurs de pérégrinations malchanceux en revinrent passablement malmenés, et ce malgré les amortisseurs. Des cataclysmes ignorés des contemporains dormaient dans l’avenir, et personne ne souhaitait s’y soumettre pour rien.



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