
Un regard circulaire, et il commanda : « Dans l’arbre. Et dare-dare. Cherche-moi un feu. »
Sans un mot, Will tourna les talons. A quoi bon discuter ? La bise lui glaçait les moelles. Se glissant sous la voûte vert-de-gris que formaient les branches, il entreprit l’escalade et, bientôt, mains empoissées par la résine, disparut. Telle une indigestion, la peur lui tordait les boyaux. Tout en marmonnant d’obscures prières aux dieux sans nom de la forêt, il dégaina son coutelas. Et comme, afin de conserver sa liberté de mouvements, il l’insérait entre ses dents, la saveur de fer froid lui procura un réconfort bizarre.
D’en bas, soudain, lui parvint un cri du petit seigneur : « Qui va là ? »
… un cri dont la hardiesse manquait d’assurance… Cessant aussitôt de grimper, il se fit tout yeux, tout oreilles.
Mais seule répondit la forêt. Les frondaisons bruissaient, le ruisseau ruait dans ses glaces, une chouette ulula au loin.
Les Autres, eux, ne faisaient nul bruit.
Du coin de l’œil, Will discerna néanmoins un mouvement. Des formes blafardes se faufilant à travers les bois. En un sursaut, il eut juste le temps d’entr’apercevoir au sein des ténèbres une ombre blême. Puis plus rien. Batifolant toujours avec le vent, les branches persistaient à s’égratigner les unes les autres, paisiblement, de leurs griffes sèches. Will eut beau ouvrir la bouche pour jeter l’alarme, il eut l’impression que les mots se gelaient dans sa gorge. Puis peut-être se trompait-il ? Peut-être ne s’agissait-il que d’un oiseau ? d’un simple reflet sur la neige ? d’un banal mirage dû à la lune ? Il n’avait pas vu grand-chose, après tout…
« Où es-tu, Will ? appela ser Waymar. Tu vois quelque chose ? »
L’épée au poing, il opérait, d’un air subitement circonspect, une lente ronde. A l’instar de Will, il les avait apparemment flairés. Flairés, car ils demeuraient invisibles.
