
Comme l’Autre marquait une pause, Will aperçut ses yeux. Des yeux bleus, mais d’un bleu plus bleu, d’un bleu plus sombre qu’aucuns yeux d’homme, d’un bleu qui vous brûlait comme de la glace. Et ces yeux s’attachaient à la longue rapière brandie qui tremblait, en face, y scrutant le reflet mouvant de la lune sur le métal. Aussi, le temps d’un battement de cœur, Will se surprit-il à espérer.
Mais déjà surgissaient des ténèbres, en silence, trois…, quatre…, cinq… jumeaux du premier. Et si ser Waymar fut sensible au froid que leur présence redoublait, du moins ne les vit-il pas, ne les entendit-il pas. Will devait le mettre en garde. Aurait dû. Le faire l’eût condamné lui-même. Terrorisé, il s’écrasa contre le tronc et ne souffla mot.
Un frémissement l’avertit que l’épée spectrale fendait l’espace.
Ser Waymar lui opposa l’acier de la sienne, mais la rencontre des deux lames ne produisit, au lieu du fracas métallique escompté, qu’un son ténu, suraigu, presque inaudible, et comparable au piaulement d’une bête en détresse. Royce contra un deuxième assaut, un troisième, recula d’un pas, une grêle de coups le força à un nouveau repli.
Dans son dos, à sa droite comme à sa gauche, formant cercle autour de lui, les spectateurs patientaient, muets, sans visage et pourtant tout sauf invisibles, en dépit de leur parfaite immobilité, car ils avaient beau ne se mêler de rien, le chatoiement perpétuel de leur précieuse armure empêchait de les confondre avec la forêt.
A force de voir les épées se croiser, de subir chaque fois leur bizarre couinement d’angoisse, Will en vint à ne plus éprouver qu’un désir, se boucher les oreilles. Epuisé par tous ses efforts, ser Waymar était à bout de souffle, maintenant. Son haleine fumait sous la lune et, tandis que son épée blanchissait de givre, celle de l’Autre, plus que jamais, dansait dans son halo bleuté.
