De toutes les questions et réponses qui se succédèrent là, dans le matin glacé, Bran eût été, par la suite, fort en peine de répéter mieux que des bribes. Toujours est-il qu’à la fin, sur ordre de Père, deux gardes entraînèrent le captif loqueteux jusqu’au billot qui occupait le centre de la cour et le contraignirent à y poser sa tête. Alors, lord Eddard démonta, et son écuyer Theon Greyjoy vint lui présenter Glace, son épée, une épée aussi large qu’une main d’homme, plus haute que Robb lui-même, et dont la lame, forgée par magie en acier valyrien, possédait par là même un fil incomparable et la teinte sombre de la fumée.

Après avoir retiré ses gants, qu’il tendit à Jory Cassel, capitaine de sa garde personnelle, il empoigna l’arme à deux mains en prononçant ces mots :

« Au nom de Robert Baratheon, premier du nom, roi des Andals, de Rhoynar et des Premiers Hommes, suzerain des Sept Couronnes et Protecteur du royaume, moi, seigneur de Winterfell et gouverneur du Nord, je te condamne à mort. »

Et comme, sur ces mots, il brandissait Glace bien au-dessus de sa tête, Jon Snow s’inclina vers Bran pour lui souffler :

« Ton poney…, frérot, bien en main ! Et ne détourne pas les yeux – Père le verrait. »

Sans broncher, l’enfant s’exécuta.

D’un seul coup, Glace décapita l’homme, dont le sang, vermeil comme du vin, éclaboussa si violemment la neige que l’un des chevaux se cabra et faillit détaler. Fasciné, lui, Bran regardait s’élargir la flaque écarlate que buvait goulûment la neige.

Une grosse souche fit rebondir la tête qui, en roulant, vint achever sa course aux pieds de Greyjoy. Lequel, sur un gros rire qui jurait avec son teint sombre et son allure efflanquée, l’immobilisa sous sa botte avant de la relancer. Tout amusait ses dix-neuf ans.



16 из 444