« Dans une forêt si drue, prévint-il, cette rapière vous empêtrera, messer. Un poignard, plutôt.

— S’il me faut un conseil, riposta le godelureau, je demanderai. Gared, tu restes ici pour garder les bêtes.

— Je m’occuperai aussi du feu, dit celui-ci en démontant. Sera pas du luxe.

— Tu gâtouilles ? Surtout pas de feu ! Si des ennemis rôdent dans les parages…

— Il est des ennemis qu’un feu tient au large : les ours, les loups-garous… et des tas d’autres choses… »

La bouche de ser Waymar s’amincit comme une balafre : « Pas de feu. »

Sans pouvoir rien discerner du visage de Gared sous le capuchon, Will devina un regard où flambait le meurtre. Une seconde, il redouta que le vieux ne tirât l’épée. Un vulgaire braquemart, bien moche, à la poignée décolorée par la sueur, à la pointe émoussée pour avoir trop servi, mais qu’il jaillît seulement du fourreau, et le ser nobliau, sa peau… pas un liard.

Au bout d’une éternité, Gared baissa les yeux. « Pas de feu », marmonna-t-il simplement tout bas.

Satisfait de ce qu’il prit pour de l’adhésion, Royce se détourna : « A toi, maintenant. Je te suis. »

Après avoir traversé un hallier, Will amorça l’escalade du monticule au sommet duquel un puissant vigier lui avait naguère fourni un observatoire idéal. Sous la mince croûte de neige, le terrain se révélait détrempé, boueux, singulièrement instable et truffé de souches et de rochers sournois à point pour faire trébucher. Et, cependant qu’il grimpait sans le moindre bruit, Will entendait derrière cliqueter l’élégante cotte de mailles, froufrouter les feuilles et jurer sourdement le petit seigneur quand d’aventure quelque buisson lui agrippait sa fichue flamberge ou se cramponnait à ses somptueuses zibelines.



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