La porte de sa chambre s'ouvrit doucement sous la pression délicate de la main d'Aramis.


L'évêque s'approcha du dormeur. Un épais tapis assourdissait le bruit de ses pas; d'ailleurs, Porthos ronflait de façon à éteindre tout autre bruit.


Il lui posa une main sur l'épaule.


– Allons, dit-il, allons, mon cher Porthos.


La voix d'Aramis était douce et affectueuse, mais elle renfermait plus qu'un avis, elle renfermait un ordre. Sa main était légère, mais elle indiquait un danger.


Porthos entendit la voix et sentit la main d'Aramis au fond de son sommeil.


Il tressaillit.


– Qui va là? dit-il avec sa voix de géant.


– Chut! c'est moi, dit Aramis.


– Vous, cher ami! et pourquoi diable m'éveillez-vous?


– Pour vous dire qu'il faut partir.


– Partir?


– Oui.


– Pour où?


– Pour Paris.


Porthos bondit dans son lit et retomba assis en fixant sur Aramis ses gros yeux effarés.


– Pour Paris?


– Oui.


– Cent lieues! fit-il.


– Cent quatre, répliqua l'évêque.


– Ah! mon Dieu! soupira Porthos en se recouchant, pareil à ces enfants qui luttent avec leur bonne pour gagner une heure ou deux de sommeil.


– Trente heures de cheval, ajouta résolument Aramis. Vous savez qu'il y a de bons relais.


Porthos bougea une jambe en laissant échapper un gémissement.


– Allons! allons! cher ami, insista le prélat avec une sorte d'impatience.


Porthos tira l'autre jambe du lit.


– Et c'est absolument nécessaire que je parte? dit-il.


– De toute nécessité.



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