
Mais il trouva dans le vestibule du palais le valet de chambre qui lui fermait le passage tout en lui souriant d'un air béat.
– Monseigneur? cria d'Artagnan en essayant de l'écarter de la main.
Un instant ébranlé, le valet reprit son aplomb.
– Monseigneur? fit-il.
– Eh! oui, sans doute; ne me reconnais-tu pas, imbécile?
– Si fait; vous êtes le chevalier d'Artagnan.
– Alors, laisse-moi passer.
– Inutile.
– Pourquoi inutile?
– Parce que Sa Grandeur n'est point chez elle.
– Comment, Sa Grandeur n'est point chez elle! Mais où est-elle donc?
– Partie.
– Partie?
– Oui.
– Pour où?
– Je n'en sais rien; mais peut-être le dit-elle à Monsieur le chevalier.
– Comment? où cela? de quelle façon?
– Dans cette lettre qu'elle m'a remise pour Monsieur le chevalier.
Et le valet de chambre tira une lettre de sa poche.
– Eh! donne donc, maroufle! fit d'Artagnan en la lui arrachant des mains. Oh! oui, continua d'Artagnan à la première ligne; oui, je comprends.
Et il lut à demi-voix:
«Cher ami, Une affaire des plus urgentes m'appelle dans une des paroisses de mon diocèse.
J'espérais vous voir avant de partir; mais je perds cet espoir en songeant que vous allez sans doute rester deux ou trois jours à Belle-Île avec notre cher Porthos.
Amusez-vous bien, mais n'essayez pas de lui tenir tête à table; c'est un conseil que je n'eusse pas donné, même à Athos, dans son plus beau et son meilleur temps.
Adieu, cher ami; croyez bien que j'en suis aux regrets de n’avoir pas mieux et plus longtemps profité de votre excellente compagnie.»
