
– Cette garnison, monsieur, était au roi quand elle entra dans Belle-Île; elle est à vous aujourd'hui: il en sera de même pour toutes les garnisons après quinze jours d'occupation. Laissez faire, monsieur. Voyez-vous inconvénient à avoir une armée à vous au bout d'un an au lieu d'un ou deux régiments? Ne voyez-vous pas que votre garnison d'aujourd'hui vous fera des partisans à La Rochelle, à Nantes, à Bordeaux, à Toulouse, partout où on l'enverra?
«Allez au roi, monsieur, allez, le temps s'écoule, et d'Artagnan, pendant que nous perdons notre temps, vole comme une flèche sur le grand chemin.
– Monsieur d'Herblay, vous savez que toute parole de vous est un germe qui fructifie dans ma pensée; je vais au Louvre.
– À l'instant même, n'est-ce pas?
– Je ne vous demande que le temps de changer d'habits.
– Rappelez-vous que d'Artagnan n'a pas besoin de passer par Saint-Mandé, lui, mais qu'il se rendra tout droit au Louvre; c'est une heure à retrancher sur l'avance qui nous reste.
– D'Artagnan peut tout avoir, excepté mes chevaux anglais; je serai au Louvre dans vingt-cinq minutes.
Et, sans perdre une seconde, Fouquet commanda le départ.
Aramis n'eut que le temps de lui dire:
– Revenez aussi vite que vous serez parti, car je vous attends avec impatience.
Cinq minutes après, le surintendant volait vers Paris.
Pendant ce temps, Aramis se faisait indiquer la chambre où reposait Porthos.
À la porte du cabinet de Fouquet, il fut serré dans les bras de Pellisson, qui venait d'apprendre son arrivée et quittait les bureaux pour le voir.
Aramis reçut, avec cette dignité amicale qu'il savait si bien prendre, ces caresses aussi respectueuses qu'empressées; mais tout à coup, s'arrêtant sur le palier:
– Qu'entends-je là-haut? demanda-t-il.
On entendait, en effet, un rauquement sourd pareil à celui d’un tigre affamé ou d'un lion impatient.
