
– Ah! cher ami! mon bon d'Artagnan! dit-il, quel excellent hasard!
– C'est un hasard, mon révérend compagnon, dit d'Artagnan, que j'appellerai de l'amitié. Je vous cherche, comme toujours je vous ai cherché, dès que j'ai eu quelque grande entreprise à vous offrir ou quelques heures de liberté à vous donner.
– Ah! vraiment, dit Aramis sans explosion, vous me cherchez?
– Eh! oui, il vous cherche, mon cher Aramis, dit Porthos, et la preuve, c'est qu'il m'a relancé, moi, à Belle-Île. C'est aimable, n'est-ce pas?
– Ah! fit Aramis, certainement, à Belle-Île…
«Bon! dit d'Artagnan, voilà mon butor de Porthos qui, sans y songer, a tiré du premier coup le canon d'attaque.»
– À Belle-Île, dit Aramis, dans ce trou, dans ce désert! C’est aimable, en effet.
– Et c'est moi qui lui ai appris que vous étiez à Vannes, continua Porthos du même ton.
D'Artagnan arma sa bouche d'une finesse presque ironique.
– Si fait, je le savais, dit-il; mais j'ai voulu voir.
– Voir quoi?
– Si notre vieille amitié tenait toujours; si, en nous voyant, notre cœur, tout racorni qu'il est par l'âge, laissait encore échapper ce bon cri de joie qui salue la venue d'un ami.
– Eh bien! vous avez dû être satisfait? demanda Aramis.
– Couci-couci.
– Comment cela?
– Oui, Porthos m'a dit: «Chut!» et vous…
– Eh bien! et moi?
– Et vous, vous m'avez donné votre bénédiction.
– Que voulez-vous! mon ami, dit en souriant Aramis, c'est ce qu'un pauvre prélat comme moi a de plus précieux.
– Allons donc, mon cher ami.
– Sans doute.
– On dit cependant à Paris que l'évêché de Vannes est un des meilleurs de France.
– Ah! vous voulez parler des biens temporels? dit Aramis d'un air détaché.
