
– Oui, je savais bien, dit Fouquet, que nul autant que vous, monsieur d’Herblay, n’était un ami précieux, impayable; mais dans tout cela, ajouta – t-il en riant, nous oublions notre ami du Vallon: que devient-il? Pendant ces trois jours que j’ai passés à Saint-Mandé, j’ai tout oublié, je l’avoue.
– Oh! je ne l’oublie pas, moi, reprit Aramis. Porthos est à Saint-Mandé, graissé sur toutes les articulations, choyé en nourriture, soigné en vins; je lui ai fait donner la promenade du petit parc, promenade que vous vous êtes réservée pour vous seul; il en use. Il recommence à marcher; il exerce sa force en courbant de jeunes ormes ou en faisant éclater de vieux chênes, comme faisait Milon de Crotone, et comme il n’y a pas de lions dans le parc, il est probable que nous le retrouverons entier. C’est un brave que notre Porthos.
– Oui; mais, en attendant, il va s’ennuyer.
– Oh! jamais.
– Il va questionner?
– Il ne voit personne.
– Mais, enfin, il attend ou espère quelque chose?
– Je lui ai donné un espoir que nous réaliserons quelque matin, et il vit là dessus.
– Lequel?
– Celui d’être présenté au roi.
– Oh! oh! en quelle qualité?
– D’ingénieur de Belle-Île, pardieu!
– Est-ce possible?
– C’est vrai.
– Certainement; maintenant ne serait-il point nécessaire qu’il retournât à Belle-Île?
– Indispensable; je songe même à l’y envoyer le plus tôt possible. Porthos a beaucoup de représentation; c’est un homme dont d’Artagnan, Athos et moi connaissons seuls le faible. Porthos ne se livre jamais; il est plein de dignité; devant les officiers, il fera l’effet d’un paladin du temps des croisades. Il grisera l’état-major sans se griser, et sera pour tout le monde un objet d’admiration et de sympathie; puis, s’il arrivait que nous eussions un ordre à faire exécuter, Porthos est une consigne vivante, et il faudra toujours en passer par où il voudra.
