
– Une seule, dit Fouquet. Mais il y a quatre jours qu’elle a cédé comme les autres.
– Voulez-vous prendre la peine d’écrire? dit Aramis à Fouquet en lui présentant une plume.
Fouquet la prit.
– Dictez, dit-il. J’ai tellement la tête occupée ailleurs, que je ne saurais trouver deux lignes.
– Soit, fit Aramis. Écrivez.
Et il dicta:
«Mademoiselle, je vous ai vue, et vous ne serez point étonnée que je vous aie trouvée belle.
Mais vous ne pouvez, faute d’une position digne de vous, que végéter à la Cour.
L’amour d’un honnête homme, au cas où vous auriez quelque ambition, pourrait servir d’auxiliaire à votre esprit et à vos charmes.
Je mets mon amour à vos pieds; mais, comme un amour, si humble et si discret qu’il soit, peut compromettre l’objet de son culte, il ne sied pas qu’une personne de votre mérite risque d’être compromise sans résultat sur son avenir.
Si vous daignez répondre à mon amour, mon amour vous prouvera sa reconnaissance en vous faisant à tout jamais libre et indépendante.»
Après avoir écrit, Fouquet regarda Aramis.
– Signez, dit celui-ci.
– Est-ce bien nécessaire?
– Votre signature au bas de cette lettre vaut un million; vous oubliez cela, mon cher surintendant.
Fouquet signa.
– Maintenant, par qui enverrez-vous la lettre? demanda Aramis.
– Mais par un valet excellent.
– Dont vous êtes sûr?
– C’est mon grison ordinaire.
– Très bien.
– Au reste, nous jouons, de ce côté-là, un jeu qui n’est pas lourd.
– Comment cela?
– Si ce que vous dites est vrai des complaisances de la petite pour le roi et pour Madame, le roi lui donnera tout l’argent qu’elle peut désirer.
– Le roi a donc de l’argent? demanda Aramis.
