
Il fit signe au surintendant de monter; puis, se retournant vers Lyonne et Colbert:
– Achevez, dit-il, ce travail, posez-le sur mon bureau, je le lirai à tête reposée.
Et il sortit.
Au signe du roi, Fouquet s’était hâté de monter. Quant à Aramis, qui accompagnait le surintendant, il s’était gravement replié au milieu du groupe de courtisans vulgaires, et s’y était perdu sans même avoir été remarqué par le roi.
Le roi et Fouquet se rencontrèrent en haut de l’escalier.
– Sire, dit Fouquet en voyant le gracieux accueil que lui préparait Louis, Sire, depuis quelques jours Votre Majesté me comble. Ce n’est plus un jeune roi, c’est un jeune dieu qui règne sur la France, le dieu du plaisir du bonheur et de l’amour.
Le roi rougit. Pour être flatteur, le compliment n’en était pas moins un peu direct.
Le roi conduisit Fouquet dans un petit salon qui séparait son cabinet de travail de sa chambre à coucher.
– Savez-vous bien pourquoi je vous appelle? dit le roi en s’asseyant sur le bord de la croisée, de façon à ne rien perdre de ce qui se passerait dans les parterres sur lesquels donnait la seconde entrée du pavillon de Madame.
– Non, Sire… mais c’est pour quelque chose d’heureux, j’en suis certain, d’après le gracieux sourire de Votre Majesté.
– Ah! vous préjugez?
– Non, Sire, je regarde et je vois.
– Alors, vous vous trompez.
– Moi, Sire?
– Car je vous appelle, au contraire, pour vous faire une querelle.
– À moi, Sire?
– Oui, et des plus sérieuses.
– En vérité, Votre Majesté m’effraie… et cependant j’attends, plein de confiance dans sa justice et dans sa bonté.
– Que me dit-on, monsieur Fouquet, que vous préparez une grande fête à Vaux?
Fouquet sourit comme fait le malade au premier frisson d’une fièvre oubliée et qui revient.
