
– Non, Sire.
– Vous tremblez cependant?
– Sire, c’est la crainte que l’on n’interprète à mal mon absence au moment où tout le monde est réuni certainement.
– Je vous proposerais bien de retourner aux voitures, mademoiselle; mais, en vérité, regardez et écoutez et dites-moi s’il est possible de tenter la moindre course en ce moment?
En effet, le tonnerre grondait et la pluie ruisselait par torrents.
– D’ailleurs, continua le roi, il n’y a pas d’interprétation possible en votre défaveur. N’êtes-vous pas avec le roi de France, c’est-à-dire avec le premier gentilhomme du royaume?
– Certainement, Sire, répondit La Vallière, et c’est un honneur bien grand pour moi; aussi n’est-ce point pour moi que je crains les interprétations.
– Pour qui donc, alors?
– Pour vous, Sire.
– Pour moi, mademoiselle? dit le roi en souriant. Je ne vous comprends pas.
– Votre Majesté a-t-elle donc déjà oublié ce qui s’est passé hier au soir chez Son Altesse Royale?
– Oh! oublions cela, je vous prie, ou plutôt permettez-moi de ne me souvenir que pour vous remercier encore une fois de votre lettre, et…
– Sire, interrompit La Vallière, voilà l’eau qui tombe, et Votre Majesté demeure tête nue.
– Je vous en prie, ne nous occupons que de vous, mademoiselle.
– Oh! moi, dit La Vallière en souriant, moi, je suis une paysanne habituée à courir par les prés de la Loire, et par les jardins de Blois, quelque temps qu’il fasse. Et, quant à mes habits, ajouta-t-elle en regardant sa simple toilette de mousseline, Votre Majesté voit qu’ils n’ont pas grand-chose à risquer.
– En effet, mademoiselle, j’ai déjà remarqué plus d’une fois que vous deviez à peu près tout à vous-même et rien à la toilette. Vous n’êtes point coquette, et c’est pour moi une grande qualité.
