
– Oh! monsieur, l’amour… peut-être un jour, plus tard, réussirai-je à l’arracher de mon cœur. J’y compte, avec l’aide de Dieu et le secours de vos sages exhortations. La vengeance, je n’y avais songé que sous l’empire d’une pensée mauvaise, car ce n’était point du vrai coupable que je pouvais me venger; j’ai donc déjà renoncé à la vengeance.
– Ainsi, vous ne songez plus à chercher une querelle à M. de Saint Aignan?
– Non, monsieur. Un défi a été fait; si M. de Saint-Aignan l’accepte, je le soutiendrai; s’il ne le relève pas, je le laisserai à terre.
– Et de La Vallière?
– Monsieur le comte n’a pas sérieusement cru que je songerais à me venger d’une femme, répondit Raoul avec un sourire si triste, qu’il attira une larme aux bords des paupières de cet homme qui s’était tant de fois penché sur ses douleurs et sur les douleurs des autres.
Il tendit sa main à Raoul, Raoul la saisit vivement.
– Ainsi, monsieur le comte, vous êtes bien assuré que le mal est sans remède? demanda le jeune homme.
Athos secoua la tête à son tour.
– Pauvre enfant! murmura-t-il.
– Vous pensez que j’espère encore, dit Raoul, et vous me plaignez. Oh! c’est qu’il m’en coûte horriblement, voyez-vous, pour mépriser, comme je le dois, celle que j’ai tant aimée. Que n’ai-je quelque tort envers elle, je serais heureux et je lui pardonnerais.
Athos regarda tristement son fils. Ces quelques mots que venait de prononcer Raoul semblaient être sortis de son propre cœur. En ce moment, le laquais annonça M. d’Artagnan. Ce nom retentit, d’une façon bien différente, aux oreilles d’Athos et de Raoul.
Le mousquetaire annoncé fit son entrée avec un vague sourire sur les lèvres. Raoul s’arrêta; Athos marcha vers son ami avec une expression de visage qui n’échappa point à Bragelonne. D’Artagnan répondit à Athos par un simple clignement de l’œil; puis, s’avançant vers Raoul et lui prenant la main:
